TOTALITARISMES (arts des)
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Images et rhétorique

Dominique Leblanc décembre 2011

 

           TOTALITARISMES (ART DES) années 1920-1950

 

 

Quand ?    première partie du XX ème siècle

Où ?           Allemagne, Italie, Union Soviétique, Chine, etc.

 

 

                

 

Richard Wagner "la chevauchée des Walkyries"

         

Note : je n'aborde ici que les arts plastiques. Concernant la musique, on se réfèrera par exemple à ce site : http://dissonances.pagesperso-orange.fr/Reich.html

 

 

Développement

 

 

      Il va de soit que le totalitarisme n’est pas un mouvement artistique, mais une forme de gouvernement.

Cependant, les œuvres d’art des pays soumis à un totalitarisme au 20ème siècle (Allemagne, Italie, Russie, Chine essentiellement) présentent des caractéristiques communes et justifient ainsi un chapitre particulier. Elles sont abordées ici dans le cadre de la problématique HDA  « ARTS, ETATS ET POUVOIRS »

 

 Sommaire :

 

1.     Qu’est-ce qu’un régime totalitaire ?

2.     Appréhender la thématique « ART, ETATS et POUVOIR »

3.     Etude de cas : l’art nazi 

 

 

1.    Qu’est-ce qu’un régime totalitaire ?

 

 

 

      Un régime totalitaire présente les caractéristiques suivantes :

 

 

-         Un parti unique, qui détient tous les pouvoirs et prétend représenter l’ensemble du peuple.

-         Une absence d’opposition, ou une opposition de façade manipulée par le parti unique.

-         L’absence de liberté d’expression, notamment de journaux indépendants.

-         La criminalisation des opposants et des minorités.

-         Une idéologie étatique généralement brutale à laquelle chaque citoyen doit se soumettre dans sa vie publique et dans sa vie privée.

-         Un contrôle absolu par l’état de l’ensemble des moyens de production.

 

 

 

            Pour se maintenir, un tel gouvernement s’appuie d’ordinaire :

 

 

-         Sur une forte militarisation de la société (tournée vers l’extérieur du pays).

-         Sur une police omniprésente (tournée vers l’intérieur du pays)

-         Sur la propagande à tous les niveaux, et notamment à l’école.

-         Sur une minorité impliquée et corrompue qui profite largement du système étatique qu’elle contrôle.

-         Parfois (pas toujours) sur une religion d’état.

 

 

           Quels sont les régimes totalitaires de l’histoire ?

 

 

      A l’aune des critères ci-dessus, tous ou presque – à des degrés divers -  jusqu’à l’invention de la démocratie moderne : la monarchie absolue française comme le tsarisme, la Chine impériale comme  la Chine communiste sont des totalitarismes ; l’Espagne de Philippe II comme celle de Franco, la Rome de César et l’Italie de Mussolini aussi. La Grèce antique (qui n’était démocratique que pour une infime minorité de citoyens) ne fait pas plus exception que l’Egypte pharaonique. La révolution française elle-même, durant la période dite de la Terreur, connaît un épisode totalitaire.

 

Cependant, on distingue d’ordinaire dans les totalitarismes les sous-groupes suivants :

 

 

 

-         Le despotisme : c’est le pouvoir d’un seul homme, ou d’un groupe très restreint (appelé oligarchie).

-         La tyrannie (ou dictature), terme qui qualifie à l’origine le gouvernement de certaines cités grecques antiques.

-         L’absolutisme : terme associé aux monarchies (Louis XIV en est l’archétype).

-         Le fascisme, un mode de gouvernement inventé par Benito Mussolini vers 1920, et qui a inspiré Adolf Hitler et Franco.

-         L’autoritarisme, qui est une sorte de totalitarisme soft (la France de Vichy par exemple).

 

 

      

 2.  La thématique « ART, ETATS et POUVOIR 

 

 

       La thématique « ART, ETATS et POUVOIR » fait explicitement allusion aux seuls totalitarismes fascistes et communistes du 20ème siècle impliqués dans la deuxième guerre mondiale en Europe :

 

-         Le nazisme allemand.

-         Le fascisme italien.

-         Le communisme russe (bolchevisme).

 

         Mais elle s’intéresse par extension à l’ensemble des gouvernements impliqués dans la première guerre mondiale, ainsi qu’à la période comprise entre la première et la deuxième guerre (souvent appelée "la montée des fascismes").

 

 

   Son objet d’étude, c’est la nature des relations entre les artistes de ces époques et leurs gouvernements : résistance, collaboration, instrumentalisation, fuite, ou « neutralité ». Toujours par extension, cette thématique aborde l’ensemble des moyens utilisés pour faire acte de propagande et/ou contrer celle de l’adversaire : le cinéma, l’affiche, la musique, les livres, le champ est vaste, puisque l’on peut aussi bien y ajouter la philatélie, les monuments aux morts, ou la mode vestimentaire.
En fait, dans une société totalitaire, il n’y a guère de neutralité possible, tous les moyens de communication étant réquisitionnés dans le sens de la propagande (et cela même pourrait suffire à définir une société totalitaire).

 

 

Quatre attitudes sont possibles pour un artiste confronté à un totalitarisme :

 

 

     L’artiste (peintre, écrivain, cinéaste, etc)  « instrumentalisé » devient de facto un propagandiste du régime au même titre que les hommes politiques ou les journalistes (le sculpteur Arno Breker ou la cinéaste Leni Riefenstahl en Allemagne, les peintres futuristes en Italie, les avant-gardes (Rodtchenko, Eisenstein) en Russie révolutionnaire, Brasillach ou Céline en France. En Allemagne, les nazis mettent de surcroît aux services des artistes qui leur sont inféodés des moyens considérables.
 
    Les élèves semblent parfois frappés par les débuts de Hitler comme artiste, mais cela reste relativement anecdotique, même si les choix personnels du Führer en matière d’art ont probablement influencé des manifestations comme celle sur « l’art dégénéré » de 1937 (Entartete Kunst), ou encore l’urbanisme néo-classique berlinois. Si Hitler avait débuté comme plombier, cela n’aurait pas forcément changé grand-chose au cours de l’histoire.

 

L’artiste « résistant » cherche lui à s’opposer au totalitarisme dans son pays ou ailleurs (Charlie Chaplin (film « le dictateur »), Paul Eluard (poème « liberté »), Louis Aragon, André Malraux, Pablo Picasso (Guernica »,) Jacques Lipchitz (sculpture « Prométhée étranglant le vautour ») ou Otto Dix par l’ensemble de son œuvre peinte. Il le paye parfois par l’emprisonnement ou la mort (Federico Garcia Lorca).

 

L’artiste « exilé » quitte (souvent parce qu’il n’a pas le choix) le pays où il ne lui est plus possible de s’exprimer librement (Klee, Kandinsky, Beckmann, Albers, Moholy-Nagi, Feininger, Remarque, Fritz Lang, Lubitsch, Grosz, et nombre de surréalistes, par exemple). On peut aussi ranger dans cette catégorie ceux qui se suicident (soit littéralement, comme Kirchner, soit en cessant toute production, comme Nolde).

 

L’artiste « neutre » (probablement la catégorie la plus nombreuse) cherche à survivre là où il est en évitant de s’engager trop ouvertement dans un camp ou dans l’autre. A noter que même neutres, un certain nombre d’artistes allemands résidant en France seront arrêtés au début de la guerre (Max Ernst, Wols, Hans Bellmer, Otto Freundlich) par le gouvernement français.

 

       En fait, les « choix » qui sont proposés aux intellectuels ayant le malheur de résider dans un état totalitaire le sont bien sûr aussi pour les autres citoyens. La différence, c’est que l’artiste, étant plus visible, sera généralement sommé de choisir son camp, ou de fuir.

 

 

        Enfin, la thématique « ART, ETATS ET POUVOIRS » s’intéresse également aux œuvres intellectuelles  ayant une valeur de témoignages (autobiographies d’Anne Franck ("journal") et de Primo Levi (« si c’est un homme »), par exemple, ou encore à la création artistique dans les camps de concentration).


     Par extension, rentrent dans ce champ d’étude les artistes de l’art moderne ou contemporain très impliqués par leur réflexion plastique sur la guerre et les totalitarismes : Anselm Kiefer en est un représentant emblématique, de même que les dessinateurs  Art Spiegelman (« Maus ») ou Jacques Tardi.


Et bien entendu, toutes les œuvres de l’esprit qui abordent la notion de société aliénante : 1984 de Georges Orwell, et "le meilleur des mondes", d'Aldous Huxley notamment.

 

 

 

3.    Etude de cas : l’art nazi

 

 

    Les arts mis au service d’un totalitarisme tendent à se ressembler à l’arrivée, même lorsque les cheminements initiaux diffèrent. L’art nazi qui succède à la riche période de Weimar est proche de celui prôné par les dirigeants staliniens lorsqu’ils mirent fin brutalement à la parenthèse des avant-gardes.

 

   L’art de propagande est toujours figuratif, réaliste, souvent kitsch : il véhicule des idéologies simples susceptibles de séduire le plus grand nombre et utilise pour cela les moyens plastiques les plus traditionnels. Le gigantisme est de rigueur. Les plans de Berlin revus par Hitler et Speer se veulent classiques et monumentaux, ils semblent surtout sortis d’un mauvais péplum hollywoodien consacré à la Rome antique.

Quand aux bas-reliefs géants d’Arno Breker, ce sont de véritables caricatures kitsch de l’art grec antique (pour Hitler, les grecs étaient des aryens). Les musculatures y sont plus proches de la bande dessinée Superman que des  éphèbes qui ornaient les temples grecs.

 

       Ainsi, il n’y a guère de différence entre une affiche de propagande nazie, stalinienne, ou maoïste. Hitler et Staline se livreront même à une sorte de compétition pour construire l’édifice le plus haut possible.

 

Dans tous les cas, une révolution est d’abord un retour en arrière du point de vue artistique.

 

       La nature est glorifiée, dans le même temps où le pays se couvre d’autoroutes et de zones industrielles. Le paysan, représenté fréquemment vêtu comme au moyen âge, immuable, devient le modèle de l’aryen sain, non corrompu par la civilisation. L’ouvrier est également à l’honneur : blond, musculeux, dévoué à sa patrie et au parti.

 

 


famille de fermiers allemands
Peinture d'Adolf Wissel 1939

 

 

 

 


"le jugement de Parîs"
peinture d'Ivo Saliger 1939

 

 

 

 

 

"Glückliche Mütter "
peinture de Richard Heymann

 

 

 

 

 

peinture de Sepp Hilz
vers 1940

 

 

 

      Parmi les autres thèmes chers au régime nazi, on trouve celui de la femme (au foyer et entourée d'enfants, ou travaillant au champ pour remplacer le mari parti à la guerre), celui de l’athlète nu, et fréquemment celui du soldat blessé au combat.


      






S.A Mann Brand


 

         L’histoire sanglante des S.A est également revisitée, notamment par des films de propagande comme « S.A Mann Brand », « Hitlerjunge Quex » ou « Hans Westmar », dans lesquels sont glorifiés comme héros les voyous responsables des innombrables bagarres de rue, assassinats et exactions diverses qui permirent aux nazis d’asseoir leur pouvoir dans la rue.

 

 

                                   

 

 

Adolf Hitler

 

 

 



Emil Scheibe "Hitler au Front" 1942

 

 

 

     En 1933, Hitler, nommé par le président Hindenburg, devient démocratiquement Chancelier du Reich. Formellement, il ne s’agit pas d’un coup d’état : agitateur professionnel, il a su séduire par ses discours nationalistes et antisémites de vastes fractions du peuple allemand, et notamment les anciens soldats qui n’ont jamais accepté la défaite de 1918 (attribuée à « l’ennemi de l’intérieur »).

Il est d’abord considéré comme un homme politique autoritaire et conservateur, un démagogue que la droite traditionnelle – qui l’appuie -   pense pouvoir instrumentaliser à sa guise pour restaurer ses privilèges traditionnels.

    Mais, sitôt au pouvoir, le N.S.D.A.P., qui dispose du ministère de l’Intérieur et de ses propres structures paramilitaires (S.A) installe la dictature : suppression des partis  et des syndicats, internement des opposants, mainmise sur les activités artistiques, etc.

 

   Ce dont rêve Hitler, c’est d’un « homme nouveau » allemand, débarrassé de toute influence cosmopolite et particulièrement juive.

 

   Cette détestation de toutes les formes artistiques modernes, bien plus importante en Allemagne qu’en Italie ou en Russie, provient en grande partie de la personnalité d’Adolf Hitler lui-même. Il ne s’agit pas seulement d’éliminer les œuvres qui déplaisent, mais d’instaurer un ordre nouveau, une nouvelle culture d’état.

 

     Convaincu que ce qu’il considère comme une décadence de l’art provient pour l’essentiel d’artistes d’origine juive, il a une véritable haine pour les peintres futuristes ou cubistes, qu’il qualifie « d’hommes atteints de troubles mentaux ».

 

Le dadaïsme est pour lui « une extravagance de fous et de dégénérés ». Plus généralement, il soupçonne les artistes de l’art moderne de s’être massivement rangés du côté du « bolchevisme » en 1918, et d’avoir ainsi largement contribué à la défaite de l’Allemagne. Pire : il y voit une conspiration délibérée visant à saboter l’identité nationale allemande.

Ce en quoi son opinion ne diffère guère de celle de la majorité des allemands de l’époque, pour qui les œuvres des artistes de Weimar sont restées largement incompréhensibles.

 

    Hitler a par ailleurs en matière d’art des horizons limités ; formés en autodidacte à Vienne dans les années 1910, refusé deux fois aux Beaux-Arts de Vienne (pour insuffisance en dessin),  il s’intéresse d’abord à l’architecture baroque et rococo (par la suite à l’architecture classique), se  passionne pour les opéras de Wagner (il verra quarante fois Tristan et Yseult !). Mais il connait peu Mahler ou Strauss, et réussit à vivre à Vienne sans découvrir Egon Schiele ou Gustav Klimt, pourtant au centre de la vie artistique de la ville.

 

Cependant, Hitler lui-même se considère comme un véritable artiste. Il écrira : « si l’Allemagne n’avait pas perdu la guerre, je ne serais pas devenu un homme politique, mais un grand architecte, quelque chose comme un Michel-Ange ».

 

 

 

 

 

Adolf Hitler - aquarelle 1911

 

 


      Un album des aquarelles d’Adolf Hitler est imprimé et diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires dans toute l’Allemagne en 1936, au même titre que son livre « Mein kampf ».

 

 

Berlin, comme l'imaginaient Hitler et Speer

 

 

     C’est dans le domaine de l’architecture qu’Hitler, aidé par l’architecte Albert Speer, imprimera le plus ses goûts personnels. Il dessine ainsi lui-même les plans de divers édifices, censés durer mille ans, qu’il n’aura généralement pas le temps de faire réaliser.

    Passionné par les ruines romantiques, il demande parfois que les nouvelles constructions prennent en compte leur état de futures ruines.

L'art nazi n'est pas romantique, il est mortifère.

 

 

 

 

 


Adolf Hitler - projet d'arc de triomphe

 

 

 

 

      Croquis de Hitler (1925) représentant  l’arc de triomphe qu’il souhaitait faire construire à Berlin.

Seule la maquette sera réalisée.

 

 

 

 

 

       

 

                                                deux aquarelles d'Adolf Hitler (vers 1910)

 

 

 

Une précision : Adolf Hitler est souvent présenté comme un "artiste raté", au motif qu'il a été refusé aux Beaux-arts de Vienne.

On est là dans la contre-propagande. On doit combattre les idées qui furent celles des nazis, mais pas en tordant le cou à la vérité.

      D'abord, nombre d'artistes authentiques (Cézanne, Manet par exemple) ont été refusés aux Beaux-arts, ou plus simplement ont refusé d'y mettre les pieds). Ce n'est pas un critère objectif pour décider de la nullité du travail pictural d'Adolf Hitler.

 

      Hitler, sans la politique, ne serait sans doute pas devenu un "très grand" artiste, mais très probablement un "petit maître", un artisan vivant de son travail d'illustration. Ses aquarelles, sans être très inspirées, n'ont rien de ridicules, elles sont largement dans la moyenne des productions artistiques populaires de l'époque.

 

 

 


Goebbels visitant l'exposition
Entartete Kunst


 

Joseph Goebbels

 

      Pour sa mise au pas politique et idéologique de la culture, Hitler s’appuie beaucoup sur Goebbels, ministre de l’information populaire et de la Propagande, idéologue fanatique et propagandiste remarquable ; c'est-à-dire sans scrupules, démagogue, adepte des formules simples martelées à l’infini.

 

« Quand j’entends parler de culture, je sors mon revolver » aurait-il dit. Il entendait par « culture » toutes les œuvres de l’esprit ne correspondant pas aux stricts canons de l’art officiel, c'est-à-dire la plupart des productions littéraires de la République de Weimar (pour lesquelles il inventa le mot « asphaltliteratur »).
Dès 1933, il crée des « syndicats » nazis appelés « chambres » : la presse, le cinéma, le théâtre, les lettres, la musique, les arts plastiques, la radio, la propagande passe sous son administration directe. L’adhésion à une chambre est obligatoire pour l’artiste qui souhaite travailler.

 

 



     Goebbels s’inspire ouvertement des méthodes de la publicité, particulièrement américaine. Affiches, tracts et slogans nazis recouvrent le pays, imprimés à des millions d’exemplaires, placardés, glissés dans les boîtes aux lettres.

 

     Cependant, jusqu’en 1934, Goebbels n’est pas le plus virulent des pourfendeurs de l’art moderne. En effet, il appréciait Van Gogh, Nolde et Munch, et c’est surtout par opportunisme et pour ne pas risquer de déplaire à Hitler qu’il évitera par la suite d’afficher ses goûts personnels pour la peinture expressionniste (des peintures de Nolde étaient par exemple affichées chez lui, qu’il décrochera à la demande d’Hitler).

A partir de 1938, Goebbels purge les musées allemands des œuvres classées comme dégénérées. Les tableaux de Van Gogh, de Gauguin, de Picasso, de Braque, la quasi-totalité des œuvres expressionnistes sont vendues à des musées étrangers, ou brûlées (cinq milles œuvres seront détruites).

Quelques toiles cependant rejoindront la collection personnelle de Goebbels.

 

 

La mise au pas de la culture

 

     Adolf Hitler est pratiquement déifié : le nouvel ordre a ses temples, son culte, ses images, et ses zélateurs (les S.A et surtout les S.S).

 

 

 

                            

Discours d'Hitler aux travailleurs (1936)

 

 

 

La grande cérémonie nazi - spectacle total par excellence - est ritualisée, qu’il s’agisse d’un défilé ou d’un congrès : décors pompeux et gigantesques, multiplication des croix gammées gigantesques, discours enflammés, milliers de soldats en uniformes nazis, illuminations spectaculaires, musiques wagnériennes, apparition du führer à bord d’un avion, tout est fait pour frapper l’imagination et convaincre chaque allemand qu’il participe à quelque chose d’extraordinaire, et que ses chefs, Hitler surtout,  sont des êtres supérieurs qui méritent une adhésion aveugle allant jusqu’au sacrifice (Führerprinzip).

 

     Parallèlement, les intellectuels, professeurs ou artistes juifs sont menacés, interdits de cours, les films et représentations qui déplaisent aux nazis sont interrompues par la force, à l’instar du film « A l’ouest rien de nouveau », tiré du roman de E.M.Remarque. L’autocensure s’installe, par crainte des représailles S.A.

Des listes noires d’artistes sont imprimées, sur lesquelles on retrouve Brecht, Grosz, Kandinsky entre autres. Des autodafés publics, à l’initiative de Goebbels, vident les bibliothèques des ouvrages interdits.

Alfred Rosenberg réclame l’épuration de tous les artistes considérés comme traîtres : les juifs, les communistes, les pacifistes, les démocrates. Nombre d’entre eux sont déchus de la nationalité allemande (Grosz, Heinrich Mann, Brecht, etc).

 

     L’opinion publique allemand ne s’émeut guère. Les milieux cultivés non plus : anti-bolcheviques, anti-pacifistes, le nazisme leur apparaît – au moins au départ – comme une réaction tout à fait légitime à la  décadence  supposée de la république de Weimar.

 

L’artiste n’est plus considéré comme libre, mais comme un auxiliaire idéologique du régime nazi. Hitler écrit dans Mein Kampf : «  la production artistique doit être mise au service d’un état et d’une idée de culture morale , après qu’ait été chassée du théâtre, des Beaux-Arts, de la littérature, du cinéma, de la presse, de la publicité, des vitrines, celle d’un monde en putréfaction ».

 

 

 

 

 

Vue de l'exposition Entartete Kunst

 

 

L’art « dégénéré »

 

       En 1935, le maire de Nuremberg Julius Streicher organise une première exposition « d’art dégénéré ».

Une deuxième plus importante, sera organisée à Munich en 1937, inaugurée par Hitler et Goebbels.

   En parallèle à une exposition dédiée à l’art allemand « authentique », l’exposition « d’art dégénéré » présente les œuvres de la plupart des artistes  officiellement classés comme décadents par les nazis : Kirchner, Nolde, Schmidt-Rottluff, Müller, Beckmann, Kokoschka, Chagall, Franz Marc, Kandinsky, Klee, Grosz, Dix, Pechstein et Hofer.

C'est-à-dire des artistes expressionnistes, ou pré-expressionnistes.

Un catalogue explicatif accompagne la présentation des œuvres, avec des mentions comme celles-ci :

« Outrage aux héros », « la nature vue par des esprits malades », « invasion du bolchevisme dans l’art », etc.

 

Le but est de ridiculiser les artistes expressionnistes, et le catalogue s’accompagne par exemple de reproductions de dessins de fous mises en parallèle avec les œuvres exposées.
L’exposition cependant, ne rencontre pas un grand succès : à peine un millier de visiteurs en six semaines à Munich. Elle sera ensuite présentée dans toutes les grandes villes d’Allemagne.

 

 

 

affiche du film "le juif Süss"

 

 

 

L’antisémitisme

 

   L’antisémitisme viscéral des nazis a directement inspiré nombre d’affiches, de cartes postales, et surtout de films, les plus célèbres étant « le juif Süss » (qui aura également beaucoup de succès en France) et « les Rothschild ».

 

 

 



Le pavillon soviétique

 

 

L’exposition universelle de Paris, en 1937

 

      Cette manifestation internationale d’importance permet  au régime nazi de présenter au monde l’image d’une Allemagne forte, rassemblée, dynamique. Cela avait déjà été le cas lors des jeux olympiques de 1936, à Berlin (immortalisés par la cinéaste Leni Riefenstahl dans son film à la gloire du régime : « Olympia » - les dieux du stade).

 

       Le pavillon allemand est surmonté d’une tour de 55 mètres de haut, dessinée par Albert Speer lui-même. Flanquée de deux groupes en bronze monumentaux réalisés par le sculpteur Joseph Thorak, cette tour est surmontée d’un aigle tenant dans ses serres une croix gammée.

 

 

 

 

 

Liens intéressants :

 

http://carlpepin.com/2011/01/13/entre-art-politique-et-liberte-essai-sur-limposition-dune-conception-esthetique-en-peinture-dans-lallemagne-national-socialiste-1933-1945/

 

Le 3ème Reich et la musique   http://dissonances.pagesperso-orange.fr/Reich.html

 

Chronologie  http://www.centrepompidou.fr/musee/mnr/INDEX-CHRONO.HTM

 

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