ZDOC - L'artiste au fil des siècles
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Images et rhétorique

              HISTOIRE DES ARTS : l’artiste au fil des siècles

 

En bleu, les mot-clés dont vous devez connaître le sens

 

     A notre époque, on définit l’artiste comme le « créateur d’une œuvre d’art » et on attend de lui de l’originalité, de l’imagination, de l’inspiration. L’artiste est donc un individu qui combine le talent ou le don et la vocation.

Il n’en a pas toujours été ainsi.

 

Cette définition de l’artiste est récente dans l’Histoire, le nom « artiste » existe dans le sens qu’on lui donne actuellement seulement depuis le XVIII° siècle. Auparavant, depuis la plus haute Antiquité et dans des cultures aussi différentes que celles de l’Egypte ou de la Grèce, dans le monde de la religion islamique comme dans celui de la religion chrétienne, on utilise des mots synonymes d’artisan : le statut de l’artiste est flou ou absent.

 

L’art n’a pas toujours été considéré comme le résultat d’une activité spécifique, particulière, bien déterminée. L’œuvre d’art n’était pas toujours envisagée comme un objet unique (un produit, un résultat) destiné à séduire le regard ou l’oreille.

 

Avant le VI° siècle, la notion d’œuvre d’art n’existait pas, les « images » étaient observées avec des critères différents des nôtres. Leurs auteurs restaient souvent ignorés, ils étaient même parfois méprisés. Aucune société n’avait encore créé la notion de droits d’auteurs*, en peinture, en littérature, en musique.

 

I)                   L’artisan dans les sociétés traditionnelles

     La place de l’artiste ou de l’artisan demeurait largement mineure. Les « faiseurs d’images » restaient partout largement anonymes et muets sur eux-mêmes. C’étaient des artisans qui exerçaient un métier manuel généralement de faible considération* sociale.

Alors que les cadres politiques, socio-économiques et religieux étaient radicalement différents dans l’Egypte des pharaons, à Venise au XIV° siècle ou à Istanbul au XVI° siècle, la production des œuvres se faisait selon une organisation assez proche. Elle s’effectuait au sein d’ateliers dans lesquels des équipes polyvalentes* travaillaient au service des puissants. En Egypte, elles étaient soumises au pharaon. Dans l’Occident médiéval*, elles répondaient aux commandes de l’Eglise, des rois, de nobles et de riches bourgeois. Dans les pays islamiques, elles étaient rattachées aux palais princiers. Les œuvres ainsi créées n’étaient pas le fait d’un artiste unique, mais d’équipes dont subsiste parfois le nom de ceux qui les dirigeaient. Pour ces équipes, les valeurs essentielles étaient la maîtrise de la technique, le savoir-faire, l’exécution du travail dans le respect des  normes du métier. La singularité* n’était pas de mise.

Les œuvres devaient le plus souvent répondre à une fonction déterminée et n’étaient même pas nécessairement destinées à être vues : c’est le cas de statues, de bas-reliefs ou de fresques conçus pour des tombes royales. En Egypte, « dessiner, sculpter, peindre permet de donner corps aux présences invisibles auxquelles l’esprit humain croit ». Dans l’Europe médiévale l’œuvre fut un objet utile, parfois sacré, souvent précieux, car destiné à la gloire de Dieu.

 

II)                 L’émancipation de l’artiste

 

1. La signature :

       L’essentiel des œuvres était donc produit par des artistes anonymes intégrés dans des équipes, mais on rencontrait aussi des œuvres montrant des personnalités indépendantes ou plus libres. La signature, constatée dés le IX° siècle dans le monde islamique, dès le XII° siècle dans le monde médiéval occidental, reste difficile à interpréter : s’agit-il d’un individu artiste qui veut laisser son nom à la postérité*, ou d’un signe de fierté professionnelle, d’une marque artisanale (marque de fabrique) ? De nombreux artisans concevaient leur expérience et leurs connaissances comme un bien familial, qui ne serait légué qu’au fils aîné.

La signature distincte de la marque d’atelier se diffuse pourtant à la fin du Moyen Age en Occident. Très pratiquée en Italie dès le XIII° siècle, elle l’est moins en France et en Europe du Nord.

Ce sont la signature, l’autoportrait et les biographies d’artistes qui amènent le processus d’individualisation de l’artiste.

 

2. L’autoportrait :


 

L’autoportrait apparaît à la fin du Moyen Age. Il est le symbole d’une conscience de soi, il montre que l’artiste s’individualise (sort du cadre de l’équipe). A la fin du Moyen Age, en Italie, il est fréquent que l’artiste dissimule son autoportrait dans une œuvre, qu’il prête les traits de son visage à l’un des personnages représentés.

C’est à la Renaissance cependant qu’apparaît l’autoportrait autonome, c’est-à-dire une œuvre en soi, affirmée clairement comme le portrait de l’artiste par lui-même. Le peintre en agissant de la sorte affirme sa personnalité, son individualité. En se représentant, il gagne une dignité, dignité qui était jusqu’alors réservée aux puissants. Il conquiert un statut (une place) à la fois social et intellectuel (exemples de Jean Fouquet, d’Albrecht Dürer).

 

3. La biographie :


      Dés l’Antiquité, quelques artistes étaient sortis de l’anonymat grâce à la reconnaissance des hommes de leur époque. Le monde gréco-romain a laissé des fragments biographiques d’artistes, ce qui montre que leur talent était valorisé et qu’ils tenaient une certaine place dans la société.

    Ainsi, L’Histoire naturelle de Pline fournit des informations et des anecdotes sur des artistes grecs. Des traités techniques écrits par des artistes grecs sont redécouverts à la Renaissance, en Italie. En Italie on voit apparaître les premières biographies et autobiographies d’artistes. Ainsi, Vasari rédige Les Vies des meilleurs peintres, architectes et sculpteurs (1550, puis 1568), et y trace un portrait élogieux du célèbre Léonard de Vinci. L’objectif de cet ouvrage est de faire accéder les artistes à une renommée qui était jusqu’alors réservée aux rois, aux généraux et aux puissants. Vasari a l’intention de faire comprendre à ses contemporains que l’art est une activité noble et que les peintres de son temps sont dignes de considération.

 

III)              La diversité des types d’artistes

 

Dans la société de l’Ancien Régime*, qui était une société d’ordres* ( terme à définir selon une perspective historique), la majorité des artistes avait le statut inférieur de maître de métier. Le plus grand nombre d’entre eux tenait boutique. Le métier se transmettait de père en fils et les mariages au sein de chaque métier étaient la règle.

Des mutations* profondes ont affecté le statut et l’image de l’artiste entre le XV° et le XIX° siècles. Ainsi, dés la fin du Moyen Age, à côté des artisans appartenant à des corps de métiers et des guildes*, une petite part d’entre eux ont échappé à un statut social inférieur et à la faible considération qui entourait ceux qui pratiquaient l’art.

   Parmi ces privilégiés, on compte Jean Fouquet, l’un des artistes de cour les plus célèbres en France au XV° siècle, Pierre-Paul Rubens, artiste gentilhomme* à la renommée internationale au XVII° siècle, Nicolas Poussin*, modèle du peintre savant au XVII° siècle, et Charles Le Brun l’académicien courtisan* au XVII° siècle également. Au XVIII° siècle, des femmes comme Elisabeth Vigée Le Brun en devenant célèbres, témoignent d’une transformation profonde qui touche les arts.  Donc, certains artistes ont pu échapper à leur condition médiocre en servant les princes qui sont alors commanditaires* d’oeuvres artistiques, d’autres ont fait carrière dans les académies*, après la Révolution française beaucoup se sont intégrés dans les nouvelles élites* sociales.

 

IV) La naissance de l’artiste créateur

 

C’est alors que la rupture entre artisan et artiste devient officielle. Le mot « artiste » entre dans les dictionnaires en tant que substantif*, comme dans le Dictionnaire des artistes de l’abbé de Fontenay paru en 1776. En même temps, la notion de Beaux-Arts* est inventée.

Une revue, L’Artiste, est créée en 1832, et dans le premier numéro, un article intitulé « Etre Artiste » montre une surprenante promotion* de l’artiste au XIX° siècle, défini de la façon suivante : « C’est un beau mot artiste, c’est comme si l’on disait intelligent ».

On assiste à un renversement de sa position sociale et de sa place dans l’imaginaire* collectif*. Grâce à la Révolution française et à la suppression de la société d’ordres, il n’est plus un artisan ou un courtisan, mais un individu remarquable par son talent, son originalité. Il exerce l’art par vocation car il a un don inné*. Il n’est plus méprisé mais envié, et le fait d’appartenir à la catégorie des artistes lui confère un certain prestige.

Dans le même temps, la notion de réussite se transforme. La nouvelle ambition de l’artiste est que son nom passe à la postérité et que ses œuvres soient reconnues comme étant de sa main.

 Des stéréotypes d’artistes apparaissent alors : l’artiste mondain (personnalité sociable, qui fréquente les « salons »*) comme Boilly, l’artiste romantique* comme Eugène Delacroix, l’artiste bohème* comme en a représentés Théodore Géricault (ce type d’artiste est un génie méconnu, tourmenté, inquiet, méditant sur la création).

Au XIX° siècle, la place de l’apprentissage des techniques se réduit. L’artiste est considéré comme un créateur et il s’affranchit (se détache, se libère) des normes et des règles collectives du travail artisanal. Désormais, il crée seul dans son atelier. L’atelier devient un lieu de réflexion et de création solitaire.

 

 

 

Mme Sylvie Thiebaut-Schnitzler   (professeur de français)  Synthèse des premiers chapitres de Histoire des arts avec le Louvre, Hatier, juin 2010.

 

 

 

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